16.08.2007

Une bouteille à la mer

Dehors j'entends petite Nancy crier de joie

Elle arrive en courant de la plage avec une bouteille à la main.

Petit Nancy :

La Grande tu as reçu c'est une bouteille de Milique

Regarde, tu as un message dedans.

Vite ouvre ! 

Petite Nancy:

Lis à voix haute s.v.p j'aime ça quand les grands me font la lecture 

J'enlève le bouchon, retire le papier et le déroule. Je commence à lire à voix haute

 

Milique

Après un dernier signe de la main adressé au sourire de Madame la Gardienne que je laissais derrière moi, j’ai pris, au comble de la méditation, le chemin de mon refuge à moi. Je ne me retournerai pas. Trop difficile. Mais, il y a des départs que l’on doit s’imposer si l’on veut proposer vie à la possibilité d’un retour.  Au zénith d’un ciel céruléen, le soleil offre avec beaucoup de générosité ses rayons liquides. Véritable coulée d’or…

 
Je suis heureux de m’être laissé, après tant d’hésitations dues au respect de la personne et du lieu, guider jusqu’au Phare.  Dans le cocon chaleureux et protecteur organisé par l’hôtesse du lieu, des choses tellement difficiles à dire se sont dites.  Nancy avait choisi de ne pas renoncer. En son tréfonds, la glace et le feu se sont alliés pour briser les chaînes qui, en entravant les forces, ne libéraient que les faiblesses. La douloureuse introspection dans la gangue comprimée de ses souffrances ne pouvait qu’entraîner une bien humaine perte de confiance. Il a tant plu sur son cœur soudain ouvert à tous les vents, que la tempête aurait pu l’engloutir.

Cependant, le temps qui parfois fait bien les choses a peu à peu cautérisé le goutte à goutte régulier et obsédant de son hémorragie affective. Les ombres qui guettaient, tapies, se sont progressivement dissoutes au vif aveuglant d’une lumière revenue.  Elle sort plus forte, tellement plus forte, de cette réclusion volontaire que son instinct féminin lui avait intimée d’intégrer en dernier recours. Et voilà que la vie de nouveau s’éveille dans une respiration aux mille bruissements exquis de rêves et de projets. Cette vie qui l’expose  désormais à la magnificence des lendemains… Prête à aimer encore. Enfin.

J’ai vécu l’intense privilège d’accompagner la transformation. Elle était au cœur même de la blessure vive du manque. Le lent glissement vers la lumière fut subtil…. Saisissant. La cicatrice s’est estompée jusqu’à s’espérer illisible dans la chronique de l’oubli. Maintenant, elle peut laisser s’amplifier le souffle de créativité qui s’impatiente dans sa braise intérieure. Et dans le murmure grandissant d’un avenir qui dilate le présent, concrétiser son indéniable talent de toutes les belles et spirituelles couleurs contenues à grand peine dans l’entière liberté de ses mots…

Mes pas, rythmés par le grondement tout proche des rouleaux d’écume, me dirige d’autorité vers ma retraite caverneuse. Je me sens bien plus heureux que je ne sais le dire,  mais après tout, existent-ils vraiment les mots-fleurs du bonheur ?  L’océan de ses vagues se fait miroir de mes rires. Dans ma poche viennent de cliqueterle ô combien précieux et réconfortant double des clés du Phare. Contrairement à ce que je pressentais, je me sens une avide faim d’Ours. J’aurais peut-être dû accepter les crevettes…

                                                                                                                          Milique 

 

Ton passage au phare m'a éclairé et apaisé. Merci pour ton amitié.

                                                                                                                       La Grande Nancy  


 

08.08.2007

Matin lumineux - cinquième partie -

 

 

 Milique  :

Tu es dans un vide post-amoureux dis-tu ? Mais le vide n'est-il pas là à la disposition de cet incertain  qui ne demande qu'à le combler ? I l y a une intéressante contradiction me semble-t-il entre l’attitude fermée que tu adoptes et ce sentiment diffus d’être de nouveau prête à entrer en connivence avec le grand éclair !

Peut-être est venu le temps pour toi de te dépouiller de ta souffrance. Élimine, écrase, détruit ta peine ! Il est des oublis qui se révèlent fertiles. Il y a cette partie de toi-même qui vit sous la menace d’un autre rencontre, dans la peur presque, suscitée par les frissonnantes interrogations posées. Cependant, pourquoi aurais-tu encore peur, pourquoi te vêtir des inesthétiques faux-plis du refus ?

Ton ciel saura réapprendre à maîtriser l’inconcevable. Et, bien campé sur le marbre de ta mémoire, un refrain têtu frappera de nouveau tes tempes : celui de cet instant rare où le cœur perçoit la possible chaleur en échange.

C’est peut-être dans la rencontre d’un sourire qu’apparaît le feu ? 

Nancy

Retrouver mon équanimité.  Apparaître sous un nouveau jour en Innée Statique !  Pour être plus juste il est impératif que j’élimine mes peurs, que j’écrase mes doutes et que je détruise ma conviction de ne pas pouvoir susciter chez un homme, où dans d’autres sphères de ma vie,  un intérêt quelconque.

Je rêve d’un recueil  de poésie et bien je me tape dessus en me disant : Je suis illettrée

Je rêve d’un spectacle solo et bien je me tape dessus en me disant : Je suis trop vieille.

Je rêve d’un amoureux et bien je me tape dessus en me disant : Je suis moche

Je sais que cela ne tient pas la route mais se sont mes monstres contre lesquels je lutte tous les jours.
Pour mon recueil j’écris en solitaire loin du net. Je serais à qui le faire lire en temps et lieux. Pour mon spectacle solo dans ma tête je suis entrain de rechausser mes patins de comédiennes et d’humoriste, j’ai resserre les lacets tranquillement en visualisant chaque geste pour faire les boucles bien solides pour me permette de me relancer sur les planches. Et pour l’amoureux je lâche prise. Je décidé de faire confiance à la vie…

 Milique :

 La matinée avance et nous conversons encore… Au dehors, le soleil semble avoir installé une blanche chaleur, seul le lent mouvement des nuages sur le bleu du ciel… Dans la pièce où Nancy nous a confortablement installés, la lumière s’est invitée parmi nous qui l’accueillons avec plaisir.

J’ai beaucoup d’Estime et de Respect pour cette femme qui s’ouvre à moi en s’évoquant d’aussi touchante façon. Jamais je n’aurais pensé en franchissant la porte de ce Phare susciter une telle confiance. Encore moins  toutes  ces confidences  faites  de bribes  d’intimes. Or elle parle ! Elle utilise des mots forts qui, même s’ils  égratignent au passage, libèrent les désaccords que chacun, nous le savons, peut entretenir avec soi. Et c’est de la souffrance qui s’écoule…

Tout d’abord Nancy, te dire combien je suis sensible au fait que tu m’acceptes comme dépositaire de qui tu es….

Les mots que tu utilises pour exprimer tes tourments actuels sont puissants.

Oui, il te faut retrouver un équilibre. Forcément c’est compliqué ! L’équilibre est-il autre chose que la somme des déséquilibres qui se neutralisent ?

Une chose est cependant rassurante dans ton actuel. Tu affirmes ta volonté de te dévaloriser tout en… admettant que ce principe n’est pas recevable !

Bientôt, une fois l’énergie retrouvée, tu vas rejoindre la réalité de tes talents multiples. La présente  période est certes délicate… Elle ne doit pas te contraindre à un tel manque d’indulgence pour toi. Nourrir l’estime de soi est un des meilleurs gages de bonheur. Tu n’es pas désarmée. Tu n’es pas asséchée. Ta vie doit encore être ce jardin fertile qui se cultive. Enfin retrouve, oui, cette confiance dans la vie qui fait qu’en toi l’Amour primera toujours sur les doutes…

 Nancy :

 L’amour est, pour moi, un sentiment difficile à cerner.  Je suis arrivée ici l’été passé un an déjà. Les saisons furent mes compagnes de silence. Je peux le confirmer sans l’ombre d’un doute : « Je suis digne de recevoir l’union à laquelle j’aspire avec un homme ». Une relation tellement simple qu’elle désarme. Une relation tellement belle que notre nous la protège d'instinct.  Une relation unique où l’individualité a sa juste et essentielle place. Une vie à deux où nous nous donnons le droit d’être des porteurs de nos histoires de vie. En bout de ligne je sors gagnante de cette peine d’amour. J’ai rencontré là où j’étais rendu ni plus haut ni plus bas que moi. Il était à l’image de l’estime que je me portais J’ai troqué ma liberté mentale et créative pour notre chimie de corps.  Je croyais que son attrait pour moi était de l’amour alors que je n’étais qu’une aventure de plus. Pour un instant il s’est pris à son propre jeux, il aimait être cet homme aimé, celui qu’il me jouait…

Je lui souhaite du bien finalement. À mes yeux Il est perdant dans cette histoire.« Fait ce que tu veux mais fais-toé pas pogner .» C’était sa rengaine. Il a poussé sa chance, plus je lui donnais de la liberté, plus il s’enfonçait. La meilleure façon de connaître quelqu’un  c’est de le laisser  libre et de l’observer. Il y a une chose qu’il a sous estimé avec moi, une seule chose et non la moindre, mon intelligence. Je ferme ma porte à la violence verbale et aux êtres en mal de domination. Mes larmes ont eu le dessus sur ma haines et ma colère. Je l’ai aimé sincèrement de tout mon être… pas une partie de moi ne l’a pas aimé. À  ce moment précis j’accepte le verdict : Nancy Bourdages non coupable !

Je suis libre d’aimer à nouveau.

 

Patrick me regarde attentif le bruit des vagues nous accompagne, pas un seul instant nous avons parlé de lui. Je m’en veux d’avoir pris tant de place dans la conversation.

 

Merci Patrick, vraiment je te le jure. Grâce à ton écoute je viens de poser un point final.. En attendant toi tu dois avoir une faim de loup. Je n’ai pas grand chose … Attends…aimes-tu les fruits de mer car j’ai de bonnes grosses crevettes ?


Milique :

 
Ah Nancy, comme il est réjouissant ton retour à toi !

Enfin tu consens à répudier ce sentiment d’infâme souillure qui te poissait le cœur. De quoi étais-tu coupable ? Accusée par qui ? Quel est celui qui n’a pas hésité à empaler le rêve sur l’acéré d’un hideux  mensonge ? Toi, tu connais la réponse.

Alors oui,  un malaise subit s’est emparé de toi, un sentiment de honte s’est installé, indescriptible. Une humiliation de ne plus te reconnaître dans cet instant exact où la vie semble se figer. Tel un oiseau soudain privé de ses ailes, tu as vu apparaître un monde de périls glacés que l’amertume salée de tes larmes à peu à peu réchauffé.

 Tu dis : « Il y a une chose qu’il a sous estimé avec moi, une seule chose et non la moindre, mon intelligence. » Je pense qu’il a également omis un autre essentiel : s’appliquer au ciment  d’une relation qu’est la recherche permanente de la connaissance de l’Autre. Le véritable Amour est-il autre chose que toucher aux aspects singuliers et distinctifs qui le rende si unique ?

Maintenant que le plus fort de ta tourmente intime est expurgée de toi, tu as aussi cette phrase magnifique : « Je lui souhaite du bien finalement. » Te voilà généreuse dispensatrice d’un parfum irisé sur un pétale de rose. Comment exprimer mieux l’élan de ta main tendue à la vie ? … Tu es une belle âme Nancy !

 Il y a peu encore, tu t’épuisais à te cacher du regard inquisiteur de la société. Ce que tu pensais être le jugement d’autrui t’empêchait de baisser la garde et de te joindre à ceux-là même dont tu captais l’attention. Aujourd’hui, tu en es venue à préférer la lutte pour ce qui reste à construire plutôt que de ressasser les âcres regrets d’une vie abîmée. Et je t’éprouve forte de cette force intense qui anime ceux qui cessent de faiblir. Seul le marbre gravé de ta mémoire retiendra combien a été éprouvant et long le chemin sinueux de ta re-naissance ! Crois-moi qu’il m’est agréable d’imaginer avoir été – oh ! si modestement – un infime fragment de ta reconstruction.

 C’est à mon tour de m’excuser de mes infinies logorrhées. Et puis, pour répondre à ton appétissante proposition : Non je n’ai pas une faim de loup ! J’ai la faim de l’Ours que je suis. Ce qui est un excellent motif pour décliner ton offre car est venu pour moi le temps de retourner dans ma caverne. N’ais crainte pour moi, je me sens rassasié et riche de tout ce que tu es….

 Une dernière question mon Amie ! Si tu restes  présente encore un peu en ce Phare et que mes pas un jour m’y ramènent, m’ouvriras-tu de nouveau ta porte ?

 Nancy :

  Ha ! Ha ! J’avais oublié quand d’autres lieux où j’ai eu la chance de te lire, tu es un ours. Plus sérieusement, je trouve cela navrant que peu de gens ont accès à tes textes. Et pas besoin de te souligner que tu es toujours le bienvenue au phare. Je te donne même un double de mes clefs.

Tu viens quand tu le désires ici. Tu peux même y déposer tes pensées personnelles. Je vais bientôt venir de moins en  moins écrire ici puisse que petit Nancy s’installe avec ses crayons de cire et elle exige le silence, elle a du tempérament cette petite et elle me provoque constamment. Elle parle que de Kandinsky et de Tapiès. Ô combien ils sont merveilleux… Je vais lui laisser toute la place. Elle a même osé me dire que comparativement à moi  elle, elle n’a pas besoin de subvention pour créer. La petite peste que je l’adore.

 Le phare fût érigé comme un leurre et c’est avéré un kit de survie inestimable. Mon passage au phare m’a non seulement pansé une blessure amoureuse mais m’a également remis sur les railles de la créativité. Je crois à nouveau à l’amour et le dernier conquérant sera plus qu’un beau gars qui embrasse bien. J’ai déjà écrit ma commande et je l’insère dans cette bouteille et j’irais la porter à la mer en allant  te reconduire à la plage… Je vais te la lire…

 

Un sourire radieux

Une intelligence vive

Une âme accessible

Une main généreuse

Une échine bien droite

Un être miraculeusement imparfait

Un tempérament  fougueux

Un regard honnête facile à lire pas besoin de mots

Un homme qui s’aime là maintenant tout en bloc sans ce fuir.

Sa présence maintient un braise constante au creux de mes reins

Dès qu’il souffle sur moi, nos corps s’enflamment…

J’exige un Cyrano et  rien de moins…

 

 À observer le regard de Milique sur moi après la lecture de ma commande, sans dire un mot,  je comprends très  bien  que je viens  de traverser  du côté naturelle de ma force …ma lumière. Cette lumière que je donne allègrement à ceux que j’aime et estime. J’avais juste oublié que je pouvais  également  en recevoir  et  aujourd’hui  c’est  Milique qui était  mon  phare.   Lui  et  moi, nous  le savons  maintenant  que je suis saine et  sauve.

Tu es sûr que tu ne veux pas rester à  manger  avec moi ?

Ton amitié es un beau cadeau de vie…

 

 Je prends Milique par le bras  et  nous  descendons à la plage avec ma bouteille de souhaits pour la donner à la mer  .La lumière est  toujours belle quand le cœur  est  en paix.

15.07.2007

Matin lumineux- quatrième partie-

Milique :

Cela fait déjà quelques instants que sa voix semblait avoir pris une tonalité différente, comme si elle combattait mot à mot la tristesse prête à submerger sa volonté.
De fait, le chaud rayon de soleil qui éclaire vivement l’endroit ne laisse planer aucun doute sur cette réalité : son regard s’est embué de larmes…. Probablement que le ressac intérieur vient d’emporter ce qui faisait obstacle.  Larmes retenues, discrètes et un peu gênées. Mais en se chargeant de souffrance, elles sont  révélatrices de ces images encore si présentes qui encombrent ses yeux et  suggèrent  le silence.

Des larmes indispensables qui charrient et emportent un peu de son trop de mal à l’âme.

Et moi qui suis là, inutile, confronté à l éprouvante impossibilité de ne savoir soulager de rien. Si seulement je pouvais faire que les ombres qui l’étreignent lâchent leur proie ! Que les mots deviennent soudain appropriés et dissipent le brouillard de ses yeux.. Que le silence révèle la parole… Que s’esquisse à nouveau sur son visage l’enchantement d’un sourire. Mais…

 

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Sais-tu Nancy, on apprend tout  de l’acéré de ses déchirements. Pourquoi te torturer à  te sentir dépouillée de toi ? A te punir avec ce qui n’est pas une réalité ! Je suis sûr pour ma part  que tu sauras réveillé en toi  toutes les belles choses tapies, prêtes à bondir de ton cœur que tu crois asséché. Tu es si riche de ce que tu es ! Aussi étonnant que cela puisse paraître, l’absence de l’un prouve simplement la présence de l’autre. Il faut parfois si peu de choses pour que tout advienne..

Finalement, l’extinction d’une étoile pourrait bien passer inaperçue pour peu qu’une incandescence irradie l’évidente découverte d’une autre.

Ne peux-tu penser cela ?

Nancy :

En théorie je devrais,  à l’heure qu’il est, être capable de projeter de telles pensées. Mais un silence d’acier  m'en empêche, il se loge au centre de mon être, là où je n’arrive pas à installer la paix avec moi.

Je me suis donnée une heure de tombée, habituellement cela fonctionne bien avec mon cerveau ce type de commande. Après le 26 août 2007 j’apprécierais que ma psyché opère et accepte que j’ai ouvert ma porte à un être indigne de reconnaître la qualité de la relation que je lui ai offert  avec honnêteté. Accepter cette erreur qui m’appartient. La seule personne que je peux blâmer ce n’est que moi. Je ne laisserais plus jamais les yeux d’un homme décider de ma beauté. Je travaille sur le dossier et ce n’est pas en perdant des kilos que je vais me trouver belle. C’est maintenant là telle que je suis…La merveilleuse, la sensible, l’unique, la vrai, la rigolote, la fidèle, la poétesse…

 Je ne vois pas d’autre bouclier pour me protéger des séducteurs malhonnêtes. Ouf ! -silence-  Ce n’était pas facile à verbaliser. Tu as l’art de me faire sortir les vers du nez au figuré comme au concret. Avec toi je ris aux larmes. Sur ces mots, je regarde Patrick avec mes yeux rieurs accompagné de mon légendaire sourire de conquérante.

Milique :

Le fait que tu te sois donnée « une heure de tombée » interpelle beaucoup !  Que tu puisses opérer certains « types de commande » à ton cerveau me laisse éminemment  grisé par l’importance que peuvent prendre en soi les choses de l’esprit !  En connaître l’augure doit être bien apaisant.

Tu t‘éprouves entravée par le silence mais vois-tu, il est possible qu’il cesse en surpassant la présence du manque. Ainsi le centre se trouve peut-être à l’extérieur. Dans un autre ailleurs. Et ce n’est pas un malheureux hasard de vie - incandescente brûlure - qui doit en disperser le chant. Il se peut que ce qui nous quitte nous agrandisse ! As-tu remarqué combien l’existence est une longue marche jusqu’à soi ? Et pas un seul obstacle ne saura être suffisant pour empêcher d’ y parvenir. Toutes ces choses qui prennent trop de place finiront bien par se démêler. Car, tu l’as cette force en toi. Alors, ce qui te déchire l’intérieur et te morcelle la conscience, hurle-le à la gueule du grand vide ! Ta sérénité retrouvée est sûrement à ce prix. 

D’ailleurs en ce moment même, un reflet de lumière éclaire ton visage et des arcs-en-ciel nacrent le profond de tes yeux. Il se dessine aussi sur tes lèvres l’impénétrable murmure d’un sourire qui semble se déposer, triomphant, sur l’injuste fatalité.

Et puis, je me dois de te dire une chose Nancy : « Je ne laisserais plus jamais les yeux d’un homme décider de ma beauté. ». Jamais je n’ai entendu phrase plus magnifiquement authentique. Elle déborde déjà de ce qui reste à venir, cœur battant et veines vibrantes.

Nancy :

``As-tu remarqué combien l’existence est une longue marche jusqu’à soi ? `` Un véritable pèlerinage que cette vie sur terre. Je dois t'avouer Patrick que la plupart des livres que j'ai lu dans ma vie étaient en majorité axés sur le sens de la vie et de l'incontournable quête du sens. Pour qu'une fiction  m'attire je dois entre les lignes sentir la vie couler dans les veines de son auteur. Même  chose  pour ma propre existence.  Durant les cinq  dernières années de vie tranquillement mon sang stagnait dans mes veines. Avec le recul je le vois maintenant que cette relation amoureuse me coupait les ailes et me coupait de mon univers créatif. C'est  vraiment mon arrivée dans des sites de poésies et ma rencontre avec Harry Steed  qui  m'a remis sur mes rails. Comme je n'ai plus de force pour hurler mon restant de colère à la gueule du grand vide !  Je n'arrête pas de lire de la poésie en ce moment je me rassasie  l'âme et  panse mes blessures entre autre avec ``Les dés de chagrin  de Robbert Fortin`` un véritable porteur de vie et un amoureux des mots justes. 

Je dois t’avouer qu’en  ville il y a le sourire d'un homme qui ne cesse de me suivre à longueur de journée.  La dernière fois que je l'ai entrevue, il a prononcé mon prénom… mon cœur a pris le large. Il n'en sait rien et je ne dirais jamais rien.  Je suis un vieux rafiot en berne de l'amour et je n'ai pas la force physique et mentale d'encaisser un non douloureux ou un oui épeurant. Sans qu'il ne fasse quoi que se soit cet homme me permet de savoir où j'en suis dans ma convalescence du cœur et l’état de mon estime personnelle.  Le sourire de cet homme me régénère. Quand il apparaît dans ma tête sans crier garde je m'apaise. Dans le fond son sourire représente à mes yeux celui qui m'a tant manqué... Un sourire chaleureux qui dénote une aisance en société avec beaucoup d'entregent. Grâce à cet homme, je bannis les faces bêtes de ma vie.  Je suis une femme généreuse s’est  inscrit dans ma chaire. Vive les hommes qui savent porter leur noirceur et possèdent des sourires vibrants de vérité. La gratuité d'un sourire n'a pas de prix. 

Mon pénible périple achève. Le Phare ce voulait un geste de volonté, un acte d'amour avec une farouche détermination de me redresser sans honte de l'amour et de l’affection que j'ai donnés et portés pour cette  relation amoureuse.
Avec la visite de Patrick au phare je prends conscience qu'il y a des bouts que nous  devons  faire seule mais à un moment  précis  le  regard  témoin de l'autre est souhaitable  et même incontournable  afin de voir avec un peu plus juste. 
Merci Patrick de me tenir la main. Ton geste me redonne confiance face aux hommes.

Milique :

Voilà que la lave qui fusionnait en ton tréfonds a réussi à perforer l’épaisse carapace évidemment protectrice que tu avais endossée. Enfin. Ces mots qui disent, soudains libérateurs, me sont comme un  inestimable présent….

Ton cœur pesait le poids du chagrin, claquant en rafales dans un ciel tourmenté de voiles déchirées. Vrillé de craintes et de doutes, le vide lentement rongeait le bord de tes lèvres de tous ces non-dits confinés. Les aubes froides étaient lourdes de souffrance mais, à extérioriser le plus enfoui, doucement à nouveau la chaleur palpite sur le chemin qui mène à demain.

Le  but de la relation n’est pas la fusion avec un autre, le but de la relation  c’est  d’avoir quelqu’un  d’autre avec qui partager notre plénitude ».

(Philosophie et Spiritualité).

 Un jour, quelqu’un m’a tendu la main et, grâce à cette main tendue, le pulsé de la vie à repris…  Alors oui, je t’ai tendu la main et… 

Dis-moi Nancy, l’Homme au sourire gratuit, pourquoi n’aurait-il pas le droit de savoir TA  vérité ?

Nancy :

Parce que c’est…Je n’ai qu’une expression anglaise pour te l’expliquer. C’est un mauvais timing et il si par malheur il avait un intérêt et bien moi je suis dans un vide post-amoureux. J’ai trop besoin de liberté, j’en ai tellement mais tellement manqué. Je veux juste faire ce que j’ai envie de faire sans aucune contrainte et aucune négociation.  Je suis barrée à quarante comme on dit au Québec mon cher Patrick. Je suis ce chat affreusement échaudé.  Le miracle ici car il s’agit bien de miracle, il y a une partie de moi qui est  prête à ouvrir à nouveau la porte aux rencontres que la vie parfois nous offre avec une synchronicité désarmante.

 

Matin lumineux - troisième partie -

Comme le temps passe vite en bonne compagnie.  Je suis étonnée comme il est simple d’échanger avec lui. J’ai trop bu de café je me sens comme fébrile. Nous avons quitté le salon et sommes passés à la cuisine tout en ne perdant jamais le fil de notre conversation. Sa qualité d’écoute me surprend.
 
 
 
  
 
 
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 Milique :

Je crois qu’il est assez heureux que ces raccourcis n’existent pas.  Ou plutôt, il en existe un : celui du cœur !
Celui-ci, tu ne pourras l’ignorer le moment venu. Mais seulement à ce moment-là ! Ce ne sera pas l’histoire d’une rencontre… les rencontres ne durent pas.  Ce sera comme l’écume d’une vague, le rire éclatant de l’océan qui fait tinter le silence. Et tu sentiras sa présence. Présence considérable, d’une beauté d’âme scintillant d’un point d’éclat au centre. Comme inscrit au présent des étoiles.  Le trouble installé, tu ne le regarderas plus qu’avec les yeux du maintenant.  Après s’installeront l’échange et le partage. Mais il ne suffira pas d’écouter, il faudra aussi entendre…
Il n’y a pas d’assurance amour, non ! Simplement l’évidence qu’il existe cet être, que tu connais déjà sans l’avoir encore rencontré.

Nancy :

Tu vois c’est là que je suis aigrie.  Je sais que tu as raison quand tu me dis : « Qu’il existe cet être, que tu connais déjà sans l’avoir encore rencontré. »  Là où je doute c’est en mon bon jugement pour le reconnaître.  Je me suis tellement fourvoyée d’aplomb  avec mon dernier partenaire.  Je n’ai rien vue, tout ressenti sans pouvoir mettre de mots sur ce que je vivais comme blessure intérieure.  Au contact de ma peau sa main me donnait plus rien, ses yeux me fuyaient, ses silences me criaient de partir.  Du premier jour merveilleux au dernier moment difficile je n’ai jamais cessé de l’aimer. Tu vois Patrick quand j’aime je donne droit à celui qui partage ma vie d’avoir des défauts.   Je dirais plus justement, qu’il à droit à ses traits de caractère qui lui sont propres.  C’est avec le philosophe Mounier que ma  petite cervelle c’est mise à percevoir les êtres humains différemment.  Le drame dans mon histoire c’est mon ouverture d’esprit qui m’ajoué des tours.

Milique :

C’est un bienfait que de parfois s’appuyer sur la philosophie pour se donner les moyens de franchir les obstacles qui se dressent. De ce presque « Bergsonnien » qu’est Mounier, j’ai relevé ceci : « J’aime, donc l’être est, et la vie vaut la peine d’être vécue. ». On entend bien là que tout s’articule autour de cette nécessité d’aimer dont nul n’a les moyens de se dispenser. Et j’allais ajouter… surtout pas toi ! Il te reste encore tellement de souffle à échanger. Tu le sais Nancy, aller vers l’autre c’est vêtir la solitude affective d’un vêtement de soie. Aimer c’est comme dévorer un rayon de soleil. Ce n’est pas ton ouverture d’esprit qui a généré de la souffrance, c’est l’incertain comportement d’un autre qu’il a été d’évidence impossible d’endiguer. Ne te punis pas, ne t’auto flagelle pas ! Ce n’est pas toi qui a déplié la nuit sur votre histoire. Pas d’aigreur donc ! C’est de douceur dont tu as désormais besoin. L’obscurité n’a déjà que trop durée. L’aube clarifie ton cœur et déjà la magnificence s’amplifie…

Nancy :

Tout à l’heure tu m’as dit : " Comment saurais-je penser avec autant de sensibilité que tu peux le faire ? "  Et bien moi de te répondre : " Comment pourrais-je  obtenir un peu de ta finesse d’esprit ? "

Je pouffe de rire, ce n’est pas possible je suis impressionnée de constater à quel point cet homme trouve ardu d’accueillir un compliment. 

C’est quoi cette contorsion dans l’expression de ton visage ? D’où vient cette difficulté de prendre les compliments ? Évidemment  tu n’es pas obligé de me répondre, mais avoues avec moi qu’une phrase comme celle-ci... Comment tu l'as dit déjà ? « Aller vers l’autre c’est vêtir la solitude affective d’un vêtement de soie. »  La finesse d’esprit en présentoir sur un socle de poésie. 

Il est vraiment sympathique ce Milique comme ont dit par chez-nous au Saguenay : « Il me fait à face ! »

Milique :

Et en plus tu me demandes de parler de moi ?
C’est qu’il m’est bien difficile d’entendre de jolies choses à mon égard. J’ai toujours le sentiment, très spontané, que cela ne s’adresse pas vraiment à moi. Que d’un coup je viens de perdre le fil et que l’on parle de quelqu’un d’autre. Cet autre m’apparaît comme quelqu’un de bien et que ce faisant, il ne peut s’agir de moi. Quant à savoir d’où cela peut bien provenir, cela ne peut tenir que du décryptage. Tout est tellement compliqué…
Cependant, il serait faux pour moi de prétendre que tes mots ne me touchent pas. Il y eut déjà tant de situations déchirantes que les tiens ne peuvent m’être qu’incomparable onguent. Non, je n’avoue rien, mais je me délecte de ce plaisir sans limite de ciseler des mots qui, parfois, ne laissent pas insensible. Tout cela qui s’aligne en couleurs sur des pétales de silences

 Nancy :

J’espère que je ne t’ennuies pas trop avec mon histoire personnelle qui sommes toutes avec le recule est bien banale. Je ne suis pas le première ni la dernière qui aura été bernée dans une relation amoureuse.  Tu es bien placé pour savoir que le Phare fut érigé pour que cette blessure ne me transforme pas  en une frustrée de l’amour.  Je ne sais pas pourquoi mais le fait d’en parler avec toi m’apaise.  Que tu prennes le temps de m’observer,  de m’écouter de m’entendre et d’échanger est la preuve que tous les hommes ne sont pas tous pareils et il n’en tient qu’à moi d’y croire à nouveau.  Patrick j’ai juste besoin d’une certitude : celle que je suis apte a sentir cette présence et comme tu l’as si bien dit : «  Présence considérable, d’une beauté d’âme scintillant d’un point d’éclat au centre »

Milique :

Pourquoi est-ce que tu m’ennuierais ?  Ne suis-je pas venu au Phare de mon plein gré ?
De plus, je suis malheureusement obligé de te le confirmer : oui, ton histoire est celle de tant d’autres.  Regarde autour de toi !   Et c’est justement parce qu’elle est  presque ordinaire qu’il germe en elle  la flamme vive de tous les possibles à venir.  Tu n’es pas une frustrée de l’amour Nancy, tu es une désabusée du désamour…
Cesse de chercher cette certitude dont l’absence te taraude.  Car tu l’a en toi, je le sais. Simplement, tes meurtrissures l’empêche de s’épanouir aux flèches d’or et d’argent qui émanent déjà de celui qui t’attend.  Lorsque l’onguent du temps aura enfin apaisé ton cœur, tu sentiras en toi ce souffle chaud et infini qui enivrera l’instant.  Et puis, en m’aidant des mots dont tu m’as si généreusement gratifié, je veux juste te préciser cela : admettons que je sois grain de sable dans le désert, parviens-tu à t’imaginer l’incalculable potentiel passionnel de tous les autres ?

Nancy :

Tous les autres… Aujourd’hui je peux  officiellement confirmer la guérison de ma peine d’amour avec cet homme.  Ce qu’il me reste à soigner ce sont les séquelles d’avoir cru en quelqu’un qui consciemment me mentait.  Plus il me mentait, plus il s’éloignait de nous et de moi en me laissant croire dans ses silences que tout était de ma faute.  Je l’ai cru jusqu’au jour où la vie a décidé de le dénoncer à son insu.  Je n’ai pas de difficulté  à imaginer l’incalculable potentiel passionnel de tous les autres.  C’est avec le mien que mon imaginaire fait défaut…

 

Mes larmes montent, je ne peux les cacher à Patrick,  je me retiens.  Je ne suis plus capable de dire un mot.

Matin lumineux - deuxième partie -

J'installe Milique avec moi dans le grand salon ensoleillé . L'endroit même où j'ai observé et démoli mon bloc de colère . Je dépose sur la table les tasses de café pour  Patrick  et moi . Je suis excitée et gênée à la fois comme impressionnée... Je ne lui dirais pas car je sais qu'il trouverait ça exagéré comme réaction

MILIQUE :

Alors, comment te sens-tu en ce lieu que tu sembles avoir délibérément choisi pour être celui de la réflexion ? Loin de toute agitation. Rejet du tumulte et retour au silence bavard de la seule conversation génératrice d’apaisement futur. Celle que l’on s’autorise enfin avec soi. Moment de vérité que l’on ne devrait jamais occulté. Celui de la méditation?

Nancy :

Avec le phare je constate que la réflexion, du moins la grande réflexion, ne viendra pas de sitôt. Je me suis isolée ici comme un chat blessé qui se cache en  attendant la guérison loin de toute civilisation.  Le phare est une très belle aventure malgré les regards des touristes qui  proviennent de la ville. J'ai un  malaise que je n'arrive pas à cerner. En ville le contact avec les hommes provoque une tension dans mon corps

Long silence

Dire, juste essayer de dire est difficile.

MILIQUE :

Évidemment. C'est vrai que tu as de réelles raisons qui t’enjoignent de rester un peu sur la défensive... Tant de souffrances déjà !

Nancy :

Je sais. Au moins je suis encore capable d'avoir des relations amicales.  Je sens ma fermeture.  Pour une ancienne chasseuse c'est extrêmement déstabilisant d'avoir perdu mon assurance de séductrice.  Ma dernière vie de couple a modifié dangereusement ma perception des relations hommes / femmes  J'ai peur d'être devenue une femme aigrie Patrick...

MILIQUE :

Tu es passée par cette période de convalescence obligatoire... Tous les traumatismes imposent cela... Alors dans un premier temps amical oui, platonique oui mais... Je te crois encore très douloureuse. Pourquoi dis-tu que tu es aigrie ? Qu'est-ce qui te fait dire cela ?

Nancy :

L'espoir se meurt souvent en moi.  Quand je pense aux possibilités de partager à nouveau ma vie avec un homme signifiant. J'ai un espoir qui requière la patience du jardinier.  Je tente inlassablement de semer des brins d'espoir en moi.  Le plus ardu c'est d'enlever mes mauvaises visions au jour le jour. Travailler ma terre. Suis-je de la bonne terre ? J'en doute constamment

MILIQUE :

Tu es de la bonne terre. Sur ton terreau a déjà fleuri de jolies fleurs, non ?

Nancy :

Je suis un cordonnier mal chaussé.  Je voudrais tellement être un Zinnia Élégant  fier et droit.  C'est une fleur tellement solide et belle mais j'ai la fragilité des Pensées qu'un rien abîme.

MILIQUE :

Peut-être es-tu trop impatiente ?  Il  n'ai pas sage de faire comme si rien ne t'avais affaibli.  Avant de décider que tu vas être forte, il te faut le devenir.

Nancy :

Comment faire Patrick ?  Ce n'est pas la première fois que tu me fais remarquer cette impatience chez-moi  J'ai de la difficulté en prendre réellement  conscience.

MILIQUE :

Tu sais Nancy, il est terriblement difficile de se faire le passeur de sensations.  Chaque personnalité est si différente.  Et puis tu es une Femme. Comment saurais-je penser avec autant de sensibilité que tu peux le faire ? Je pense que tu en es à la mutation, à la métamorphose.  Que peut-être que tu cherches le feu. Fais attention toutefois à l'incendie.

Nancy :

Avec moi pas de demi-mesure. J'ouvre où je ferme.  Maintenant  j'ai une peur terrible du feu.  Il n'y a pas de moyens de se payer une police d'assurance d'amour en ville.  Comme il n'y a pas de raccourci pour connaître quelqu’un. Nous embarquons où  nous n'embarquons pas pour vivre l'aventure à l’ombre de la méconnaissance de l’autre et de soi et de ce que la chimie des deux provoquera à long terme.

Matin lumineux - première partie -

J'adore les matins comme ceux -là où je me sens bien . L'odeur du café embaume la maison de l'ancien gardien.  Je viens de terminer mon petit déjeuner. Je sors sur la vérandaLe chant des vagues me calme.  Le ciel est bleu pâle comme timide.  Par de-là mer en survol  ma vue se perd

Petite Nancy serait fière de moi. Quatre mois que je suis non fumeuse.  Que je  savoure la vie. L'ivresse d'être à jeun et lucide.  Juste à penser au  mystère  du souffle j'en ai la chair de poule.  Dans ce matin lumineux, j''aimerai avoir quelqu'un avec qui échanger.

Dans ma vision périphérique,Il y a du mouvement.  Je détourne lentement mon regard vers la plage au loin un homme marche.  Il  semble venir vers moi.  À l'instant même une certitude. Il est l'heure de casser la solitude de la gardienne. Il est au pied de l'escalier.  Nos regards se croisent.  Je n'en crois pas mes yeux. C'est bien lui...

Je romps le silence

NANCY :

Cher Patrick, Bienvenue au Phare !  C'est un honneur de t'accueillir ici

MILIQUE:

C'est ici ton lieu de retraite.  J'ai fait tout ce chemin tu sais...

NANCY :

Quel chemin ?  Celui qui mène au phare ?

MILIQUE :

Oui, et aussi celui que je me suis autorisé à faire jusqu'à toi. Tant de fois déjà je suis venu au bout de la jetée disperser mon regard dans le vaste océan. Si souvent j’ai été tenté de venir jusqu’à ce phare qui paraissait m’encourager de son faisceau rythmé. Mais, par humilité et surtout , par respect... Tu comprends ?  Je sais tellement combien la solitude est apaisante parfois.  Alors, pourquoi ce matin, mes pas ont-ils franchis cette courte distance protectrice que tu avais pris soin d’interposer entre toi et l’agressivité possible du quotidien. 

J’ai eu comme la sensation que c’était le moment.  Je me suis même imaginé, cela est-il possible, être attendu ! Ça n’est décidément pas un matin comme les autres.  Oh, rassure-toi, ma conscience est forte de ne pas avoir grand-chose à apporter en ce lieu.  J’ai hésité encore un infime instant à m’approcher et puis… mon envie d’entendre le son de ta voix a été plus forte que ma réticence naturelle à…

NANCY :

Cassons nos réticences cher ami, moi c'est ton regard que j'avais hâte de croiser comme une confirmation de notre amitié nouvelle

MILIQUE :

Alors, concrétise ton contentement en me laissant faire quelques pas de plus...

NANCY :

Entre je vais te préparer un bon café

MILIQUE :

Merci à toi ! Je l’accepte bien volontiers.  Tu connais mon goût pour ce nectar…  Tu sais, c'est que j'ai tellement peur de déranger, toujours.  Il n’est pas anodin qu’il faille effectuer ce chemin pour parvenir jusqu à toi, jusque dans ce repère entre silence et vacarme qui jongle avec les perspectives changeantes proposées par l’horizon. Ce lieu semble bien avoir été choisi pour y installer ta mise en retraite volontaire.  Je ne sais pas si en de telles circonstances, j’accepterais la démarche !

NANCY :

Aux nombres de bouteilles à la mer que tu m'as déposées à chaque matin sur la grève du phare, je ne peux pas faire autrement que t'accueillir avec joie. Tu ferais de même avec moi j'en suis certaine.  Car  toi et moi n'arrivons jamais avec nos gros sabots chez les autres.  Nous avons la délicatesse de demander  si nous pouvons avancer chez l'autre.  Je te rassure tout de suite.  Ce matin je me suis levée en me disant : J'aimerais avoir quelqu'un avec qui échanger.  Je ne pensais pas que la vie allait m'envoyer de la si belle visite.  Tu es Milique...
Tu es vraiment Milique ?   Ici avec moi !

MILIQUE :

Je suis bien Milique. C’est  troublant cette confuse perception d’ondes d’attente tout à l’heure face à l’immensité.

NANCY :

Je n'en crois pas mes yeux ! Toi ici...

MILIQUE : 

Oui moi. Que moi.. Je suis ce quelqu’un.  Mais peut-être pas le quelqu’un attendu !  Pas trop déçue j'espère ?    
Je suis bien ici.  Je sais bien que j’y suis en lieu sûr, et il suffit grandement à mon bonheur que tu m’en ai ouvert l’accès. 
Ce phare est vraiment un gîte de granit érigé dans l’immense instable.  Pardonne-moi d’être venu troubler l’ordonnancement des souffles de silence.  Cet endroit respire l’apaisement. J’aimerais simplement être sûr que cela soit aussi ton cas !

NANCY :

Oui, le ciel est bleu et puissamment lumineux. Aucune tempête à l'horizon.   Profitons de cet accalmie pour prendre pleins de silences apaisants ensemble cher ami et  j'aurai le plaisir d' entendre tes mots...Tu es un porteur de mots que je respecte  et estime.   Je parle , je parle,  allez entre...

 

13.05.2007

Fracassante débâcle

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En assise
larmes chaudes
douce délivrance

L'espoir en fleur
saine solitude
secret de jardinière

Corps généreux
coeur enveloppant
sourire en don

L'unique voyage
Implosion féminine
Fragilité solidifiée

Trait de caractère
refonte intérieure
promesses printanières

 

Nancy  

 

 

 

En ouvrant mes yeux

Aujourd'hui c'est son jour anniversaire

Ma dernière étape de deuil

Je fais le ménage 

De mon portable 

J'élimine les textes qu'il m'a inspirés

et les dépose au phare sans les renier

De ce portable offert par lui

J'efface les traces de son passage

Osti que ça fait mal encore

Ce n'est pas demain la veille que je vais pardonner 

Son unique et énorme mensonge

 Quand je buchais sur  'Fresque de la quotidienneté'

Il m'avait dit : Ça va t'donner - fuck all -écrire !

 

Cimetière de textes...

 

 

 Je l’ai rencontré au matin hasardeux de mes 39 ans


 
Vif
Combattif
Sensuel
Ardant
Tranchant
Généreux
Actif
Fougueux
Sensible
 
Des griffes de femelles l’avaient écorchées
À vouloir le transformer
Elles avaient abîmé sa matière première
 
Son rire
Son estime 
Sa créativité
Son ardeur
Sa liberté d’être
Sa curiosité
 
Avec mes yeux de vieille antiquaire
J’ai flairé un être exceptionnel, voir rare
Ses cicatrices le rendaient
Si beau,
Si séduisant
Si vibrant
Il est de la lignée des explorateurs et des sorciers
 
Ce grand guerrier  a  daigné s’arrêter devant moi au passage.
Il  m’a regardé de plus près
En silence mon respire c’est modifier
Une chaleur réelle  dans ma poitrine
Il a persisté du regard
 
Je résistais mentalement
Le corps a cédé sous  la digue
Il a tant déversé d’amour
 
En geste
En regard
En mea culpa
En pardon
En colère
En caresse
En baiser
En parole
 
Que je lui ai donné les clefs de mon barrage
Depuis il fait sa  «  run »
Et veille sur mes nuits.
 
Nancy
21 sept 2005
À mon partenaire de vie X

 

Dès les premiers instants au dernier ``Je t’aime``

Des sourires gratuits et gratifiants
Des regards pénétrants et aimants
Des gestes simples et spontanés

Le mystère intrigue
L’envoûtement opère
L’ensorcellement persiste

Des envolés de rire et de musique
Des caresses  généreuses et à profusions
Des baisers assoiffés d’encore et encore

La peur chuchote une machination
L’inquiétude marmonne des doutes
La crainte murmure encore et encore

Le quotidien prend le dessus
L’implacable vie se meurt
L’amour arrive juste après

Nullement avant l’ivresse…

 

 L’aurore les bénit

Lumière en commun
Sentiments en corps accueillants
Rythme cardiaque apaisant les rituels du quotidien
Chaleur de peau caressante

Le combat de vie s’allège sur le rebord des draps défaits
Dès le réveil chance inouï d’aimer en deux
Les sens se tiennent en boucles de promesses
La maturité se manifeste à merveille

Prémisses pour la simplicité
Assurance des rêves éveillés
Regards en soleil levant

Souhaits d’un meilleur jour surgissent
L’espoir tient le coup
Le contrat inexistant solidifie l’union

La liberté malgré les balises de société
L’affranchissement dans l’intimité
Épanouissement commun

 

Nancy mars 2006 

 

Douche froide


Face cachée
Carreaux de fenêtre
Sur ton corps découpé
En lumière lampadaire

Relation  aux enchères
Fantasmes assassins
Brise espoir
Coupe estime

Je meurs en silence
Dans la tiédeur de notre lit
Ta main rêve d’être ailleurs
Ta main n’émet plus mon corps…


Nancy Novembre 2005

 

Le ciel m'est tombé sur la tête

Au milieu des éclats
De ciel bleu
En corps debout
Déchirure du cœur
Blessure d’estime
Massacre sentimental
Immuable réalité
Tout autour
Des miettes de bonheurs
Éparses
Une à une
Les ramasser

Avec la patience de l’archéologue
S’assurer d’avoir chaque pièce significative
Reconstruire la base de l’histoire

Au milieu des éclats
De ciel bleu
En corps ébranlé
De l’intérieur
Eau brûlante
Braise d’amour
L’espoir manque d’oxygène
Tout autour
Des miettes de bonheurs
Éparses
Une à une
Les ramasser



Innée 6 août 2006

 

 

Cuissante blessure



Je t’ai fait don
 
De ma compréhention des hommes
De mon humour
De mon ouverture d’esprit
De mon indulgeance
De mon soutien
De ma tenacité
De ma disponibilité
De mon honnêteté
De ma confiance
De ma fidèlité
De mon désir
De mon amour
 
Je te les laisse en héritage
Je me fais don de ma liberté
Pour faire mon deuil en paix
 
Nancy

 

Le verdict est tombé


De toi

Ma verve est morte

Mon cœur est aux soins intensifs

Ma colère est éteinte

Ma peine est noyée
Ma confiance est retirée
Ma compréhension s’arrête ici
Mon amour s’égraine
Mon corps est en berne
 
Pour moi
 
Ma paix intérieure à tenue le cap
Ma vie reprend forme
Mon avenir se poétise
Mon bonheur est en germe
Ma solitude est un présent
Mon chemin est libre
Mes souvenirs sont remisés
Mon âme est sauvée


17 sept 2006